Crawl

Martin, la vingtaine presque adulte, est un Tom Sawyer breton, moins jouasse que le bambin de Mark Twain, plus venimeux, plus mélancolique, il vit de rapines et de petits boulots d’oů il se fait souvent limoger. Son beau-frčre Jean (Gilles Cohen, constant mais juste dans le registre du businessman crapuleux) est un entrepreneur en bâtiment lui aussi volontiers filou, mais moins asocial et plus dominant. Les deux hommes se reflčtent et s’affrontent silencieusement, dans les alternances du montage, ils luttent sans se croiser. Au milieu, deux femmes : Gwen, employée de l’un, petite amie de l’autre, et Corinne, sśur et épouse. Elles tombent toutes deux enceintes, mais n’ont pas l’appui de leur compagnon, et la grossesse prend des airs de fardeau, un droit au bonheur qui ne leur est pas donné et qu’elles doivent gagner ŕ la sueur de leur ventre. Ŕ l’intérieur de ce carré relationnel, Crawl dessine des diagonales diverses mais aussi des lignes de fuite, mettant ŕ l’śuvre une belle finesse d’écriture qui ne ploie pas sous son propre schéma.